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  Charbat Goula
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Ben
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Hors ligne

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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 10:48 (2008) Répondre en citant

Charbat Goula  
 
images et textes : National Geographic avril 2003


 
 



 
Elle se souvient du moment. Le photographe l'a prise en photo. Elle se souvient de la colère ressentie.  
 
(Oh oui petite fille... ta colère me vrille encore aujourd'hui. Et ton regard qui me jette l'impression de vivre trop bien quand tant de gens bagarrent pour survivre, ou pour ne pas mourir. Et je me demandais : qu'a-t-elle pu vivre avec cette colère-là ? Qu'as-tu bouleversé ? Qui as-tu tué ? Combien de fois ai-je pleuré en regardant tes yeux ? Je ne sais pas.)  
 
L'homme était un étranger. On ne l'avait jamais photographiée auparavant. Et, jusqu'à ce qu'ils se rencontrent à nouveau, dix-sept ans plus tard, on ne l'avait pas photographiée depuis.  
 
Le photographe aussi se souvient de ce moment. La lumière était douce. Le camp de réfugiés au Pakistan, une mer de tentes. Sous l'une d'elles où l'on faisait la classe, c'est elle qu'il a remarqué en premier. Mais, sentant sa timidité, il s'est approché de la jeune fille en dernier. Elle lui a dit qu'il pouvait la photographier. «Je ne pensais pas que la photo de la fillette serait différente des autres clichés que j'avais pris ce jour-là», dit-il en se rappelant cette matinée de 1984.  
 
Le portrait signé Steve McCurry s'est avéré être l'une de ces images fortes qui vont droit au coeur. En juin 1985, il faisait la couverture de ce magazine. Les yeux de la fillette sont vert doré. C'est un regard à la fois halluciné et hallucinant où se lit la tragédie d'une terre épuisée par la guerre. Au NATIONAL GEOGRAPHIC, on l'a appelée «la petite Afghane». Pendant dix-sept ans, personne n'a su son nom.  
 
En janvier dernier, Steve McCurry retourne au Pakistan avec une équipe du National Geographic Television & Film Explorer pour y rechercher la fille aux yeux verts. On fait circuler sa photo à Nasir Bagh, le camp de réfugiés qui existe toujours près de Peshawar, là où ce cliché a été pris. Un instituteur dit savoir son nom. On a repéré une jeune femme, Alam Bibi, dans un village voisin, mais McCurry pense que ce n'est pas elle.  
 
Non, dit un homme qui a eu vent de nos recherches. Lui connaît la fille de la photo. Ils ont grandi ensemble dans le camp. Il y a plusieurs années qu'elle est retournée en Afghanistan et elle vit désormais dans la montagne, près de Tora Bora. Il ira la chercher.  
 
Il faudra trois jours à la jeune femme pour arriver. Son village est situé à six heures de route et trois heures de marche, de l'autre côté d'une frontière où plus d'un a laissé la vie. Lorsque Steve McCurry la voit entrer dans la pièce, il pense en lui-même : c'est elle.  
 
Les noms ont une force : laissons parler le sien. Elle s'appelle Charbat Goula et appartient à l'ethnie pachtoune. On dit des Pachtouns qu'ils ne sont en paix que lorsqu'ils sont en guerre, et ses yeux à elle, hier comme aujourd'hui, brillent de férocité. Elle a 28 ans - peut-être 29, voire 30 ans. Personne - pas même elle - ne peut le savoir avec certitude. Dans ce lieu sans archives, les histoires sont extrêmement mouvantes, comme le sable.  
 
Le temps et la souffrance ont effacé de son visage toute trace de jeunesse. Sa peau est tannée comme du cuir. Le contour de sa mâchoire s'est adouci. Mais pas le regard, toujours aussi furieux. «Elle a eu une vie pénible, dit McCurry. Comme beaucoup de gens ici.» Il n'y a qu'à regarder les chiffres. Vingt-trois ans de guerre, 1,5 millions de morts, 3,5 millions de réfugiés : voilà l'histoire de l'Afghanistan au cours du dernier quart de siècle écoulé. Et regardez maintenant ce portrait d'une fillette aux yeux vert doré. Son regard défie le nôtre. Et surtout, il dérange. Il nous est impossible de s'en détourner.  
 
«Il n'y a pas une seule famille qui n'ait goûté l'amertume de la guerre», disait un jeune marchand afghan dans le reportage du NATIONAL GEOGRAPHIC de 1985, qui avait fait sa Une avec Charbat. Elle n'était qu'une enfant lorsque son pays s'est retrouvé pris dans les griffes de l'envahisseur soviétique. Une chape mortelle s'est abattue sur d'innombrables villages comme le sien. Elle devait avoir 6 ans quand ses parents sont morts sous les bombes. Dans la journée, le ciel semait la terreur. La nuit, on enterrait les morts. Et sans cesse, le bruit des avions la frappait d'épouvante.  
 
«Nous avons fui l'Afghanistan à cause des combats, ajoute Kachar Khan, son frère. Grand et maigre, profil aquilin et regard perçant, il complète le récit de sa soeur. Les Russes étaient partout. Ils tuaient. On n'avait pas le choix.»  
 
Sous la conduite de leur grand-mère, lui et ses quatre soeurs rejoignent le Pakistan à pied. Une semaine de marche dans les montagnes enneigées, à quémander des couvertures.  
 
«On ne savait jamais quand les avions allaient arriver, se rappelle-t-il. On passait notre temps cachés dans des grottes.»  
 
Le voyage avait commencé avec la perte de leurs parents et une rude traversée des montagnes. Il s'achevait sous la tente d'un camp de réfugiés, au milieu d'étrangers.  



 






«Les gens qui viennent de la campagne, comme Charbat, ont du mal à s'adapter à l'environnement surpeuplé d'un camp de réfugiés, explique Rahimoullah Yousoufzai, journaliste pakistanais réputé qui sert d'interprète à Steve McCurry et à l'équipe de télévision. Il n'y a pas d'intimité. On est à la merci des autres.» Qui plus est, à la merci de la politique des pays étrangers. «L'invasion soviétique a saccagé nos vies», enrage son frère.  
 
C'est la tragédie continuelle de l'Afghanistan. Invasion, résistance, invasion. Cela cessera-t-il un jour ? «Chaque changement de gouvernement nous remplit d'espoir», dit le journaliste. Et, à chaque fois, le peuple afghan a été trahi par ses dirigeants et par des étrangers qui venaient en amis et sauveurs.  
 
Au milieu des années 1990, lors d'une brève accalmie entre deux guerres, Charbat retourne dans son village, situé sur les contreforts des montagnes enneigées. Vivre dans ce lieu aux maisons de terre crue perdu au bout d'un chemin signifie survivre, sans plus. On y trouve des terrasses où l'on cultive le maïs, le blé et le riz, quelques noyers, un torrent qui dévale de la montagne (sauf en période de sécheresse), mais pas d'école ni de clinique, ni route ni eau courante.  
 
Voilà comment Charbat emploie ses journées : elle se lève avant le soleil pour prier. Va chercher de l'eau à la rivière. Puis fait la cuisine, le ménage et la lessive. Prend soin de ses enfants - ce qui constitue sa préoccupation essentielle. Robina a 13 ans, Zahida 3. Le bébé, Alia, a 1 an. Une quatrième fillette est morte en bas âge. Charbat n'a pas connu une seule journée de bonheur, dit son frère, hormis peut-être le jour de ses noces.  
 
Rahmat Goul, son époux, est de faible corpulence ; son sourire s'illumine comme une lanterne à la tombée de la nuit. Elle se souvient s'être mariée à 13 ans. Non, corrige-t-il, elle en avait 16. Un mariage arrangé.  
 
Il demeure à Peshawar (les emplois sont rares en Afghanistan) et travaille dans une boulangerie. Il a beaucoup de frais médicaux : le dollar qu'il gagne quotidiennement part en fumée. Comme Charbat est asthmatique et ne supporte pas la chaleur et la pollution de Peshawar en été, elle ne passe que l'hiver en ville auprès de son mari. Le restant de l'année, elle vit dans la montagne.  
 
A 13 ans, explique Rahimoullah Yousoufzai, le journaliste, elle a dû suivre la purdah, l'existence recluse qui attend nombre de musulmanes à la puberté. «Les femmes disparaissent de la vie publique», dit-il. Dans la rue, elle porte une burka de couleur prune qui l'isole du monde et la soustrait aux yeux de tout homme autre que son mari. «C'est un beau vêtement, pas une malédiction», confie-t-elle.  
 
Pressée de questions elle se retranche derrière le châle noir qui lui encadre le visage, comme si elle souhaitait disparaître. De la colère passe soudainement dans son regard. Bien sûr, elle n'a pas l'habitude de se soumettre aux questions des étrangers.  
 
S'est-elle jamais sentie en sécurité ?  
 
«Non. Mais on vivait mieux sous le gouvernement des talibans. Au moins, avec eux, il régnait l'ordre et la paix.»  
 
A-t-elle jamais vu la photo d'elle quand elle était petite fille ?  




 





 
 
«Non», répond-elle.  
 
Elle sait écrire son nom, mais est analphabète. Elle espère que ses enfants pourront faire des études. «Je veux que mes filles aient des compétences, dit-elle. Moi, je voulais continuer et finir l'école, mais je n'ai pas pu. J'ai regretté devoir partir.»  
 
L'instruction, dit-on, donne de l'éclat dans le regard. Mais l'éclat s'est définitivement perdu pour Charbat Goula. Il est peut-être même déjà trop tard pour sa fille de 13 ans, dit-elle avec résignation. Mais les deux plus jeunes ont encore toutes leurs chances.  
 
Les retrouvailles entre la femme aux yeux verts et le photographe ont été paisibles. Concernant les femmes mariées, la tradition culturelle est stricte : elles ne doivent pas regarder - et encore moins sourire - à un autre homme que leur mari. Charbat Goula n'a pas souri à Steve McCurry. Son expression, dit-il, était neutre. Elle ne comprend pas que sa photo ait pu toucher tant de monde. Elle ignore le pouvoir de ses yeux-là.  
 
Les chances étaient terriblement minces. Qu'elle soit encore en vie. Qu'on ait pu la retrouver. Qu'elle ait pu supporter tous ces deuils. Face à tant de morts et d'épreuves, on pouvait bien se décourager... Comment a-t-elle survécu ?, lui demande-t-on.  
 
D'une voix claire et assurée, avec une certitude inébranlable, Charbat Goula répond : «C'était la volonté de Dieu...»  

 

 
 

 

 

(Voilà donc à quoi tu as utilisé ta colère : à vivre. Moi et mon romantisme à la con...)  
 
Texte de CATHY NEWMAN
Photographies de STEVE McCURRY
 


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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 10:48 (2008)

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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 13:54 (2008) Répondre en citant

Un trés long article sco !! en colère

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Ben
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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 14:08 (2008) Répondre en citant

HOUSSNI a écrit:

Un trés long article sco !! en colère
J'ai regardé un documentaire sur cette histoire y a fort longtemps , j'ai beaucoup apprécié , surtout l'ardeur et la persévérance des américains qui ont voulu retrouvé cette femme aux beaux yeux à tout prix , ça , ce n'est que le résumé en colère


Rhume
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MessagePosté le: Mar 19 Aoû - 14:37 (2008) Répondre en citant

Oui je l'avais vu aussi, Je me rappelle que ce qui m'avait frappé a l'époque c'est ce regard transfixant qu'elle a, mais aussi ce changement radical qu'elle avait subit..désormais on a l'impression qu'elle en veut a tout le monde..Les années talibans l'ont peut être cassé a jamais


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